Deux cultures. Une identité.
Le géant du piano : un virtuose du jazz malgré la maladie des os de verre
Michel Petrucciani naît le 28 décembre 1962 à Orange, dans le Vaucluse, au sein d'une famille où la musique et les racines italiennes sont indissociables. Son père, Tony Petrucciani, guitariste de jazz, est issu de la communauté italienne installée en France ; sa mère est française. Les Petrucciani ont gardé un lien fort avec l'Italie, notamment à travers le répertoire, les standards et la passion du swing et du bebop que Tony transmet à ses fils.
Dès l'enfance, Michel baigne dans un univers musical où le jazz tient une place centrale. Il grandit avec l'ostéogenèse imparfaite — la « maladie des os de verre » — qui limite sa taille et fragilise son squelette, mais ne l'empêche jamais de se consacrer au piano. La culture familiale italienne, souvent associée à l'amour de la mélodie et du chant, se retrouve dans son approche lyrique du clavier et dans la chaleur de son jeu.
Michel Petrucciani commence le piano très jeune et donne son premier concert professionnel à quinze ans. Repéré par le contrebassiste américain Charles Lloyd, il part aux États-Unis et enregistre avec lui, puis entame une carrière internationale. Il joue et enregistre avec les plus grands : Wayne Shorter, Jim Hall, Roy Haynes, Jack Bruce, et se produit dans les festivals et salles les plus prestigieuses (Montreux, Marciac, Blue Note, etc.).
Malgré un corps très fragile et une taille d'environ un mètre, il impose un jeu d'une puissance et d'une virtuosité exceptionnelles, mêlant influences de Bill Evans, Keith Jarrett et Duke Ellington à un lyrisme personnel. Il enregistre une trentaine d'albums sous son nom (dont « Michel Petrucciani Trio », « Live in Tokyo », « Both Worlds », « Marvellous ») et remporte une reconnaissance critique et publique en Europe comme aux États-Unis.
Installé ensuite entre la France et New York, il continue à se produire jusqu'à la fin de sa vie. Il meurt le 6 janvier 1999 à New York, des suites d'une infection pulmonaire, à l'âge de trente-six ans.
Michel Petrucciani reste l'un des pianistes de jazz français les plus célébrés et l'un des rares à avoir conquis durablement la scène américaine. Son parcours est devenu un symbole de dépassement du handicap par l'art : la maladie des os de verre ne l'a jamais empêché de rivaliser avec les plus grands et d'imposer un style reconnaissable entre tous.
Son héritage musical perdure à travers ses enregistrements, les hommages qui lui sont rendus (festivals, reprises, documentaires) et l'influence qu'il a eue sur toute une génération de pianistes. Pour les Francitaliens, il incarne la réussite d'un artiste d'origine italienne qui a porté le jazz français sur la scène mondiale.
"La musique, c'est la seule chose qui me fait oublier que je suis petit."— Michel Petrucciani