Deux cultures. Une identité.
Un Lyonnais sur le trône de Rome : l'édit de 212 et la citoyenneté universelle
Caracalla — de son nom latin Marcus Aurelius Severus Antoninus — naît le 4 avril 188 à Lugdunum (Lyon), alors l'une des plus grandes villes de l'Empire romain et capitale des Gaules. Il est le fils aîné de Septime Sévère, empereur d'origine libyenne qui a épousé Julia Domna, issue d'une famille syrienne de rang sénatorial. La « romanité » de Caracalla ne relève donc pas d'une origine géographique italienne au sens moderne, mais du fait qu'il incarne l'Empire romain et sa culture : né en Gaule, élevé dans la tradition romaine, il est le produit de cette fusion entre Rome et les provinces qui définit l'identité franco-italienne au sens large — la France gallo-romaine et l'Italie romaine partageant le même héritage.
Lugdunum, où il voit le jour, est un carrefour commercial et politique majeur, siège du sanctuaire fédéral des Trois Gaules et lieu de résidence impériale. Grandir dans cette ville place d'emblée le futur empereur au cœur des enjeux entre Rome et les provinces occidentales, et nourrit une vision universaliste du pouvoir qui culminera avec l'édit de 212.
Caracalla est associé au pouvoir dès 198, lorsque son père le nomme César, puis Auguste en 209. À la mort de Septime Sévère en 211, il règne d'abord conjointement avec son frère Geta, avant de le faire assassiner la même année et de régner seul. Son surnom « Caracalla » vient du manteau gaulois à capuche (caracalla) qu'il affectionnait et qui a fini par le désigner dans l'Histoire.
En 212, il promulgue l'édit dit « de Caracalla » (Constitutio Antoniniana), qui accorde la citoyenneté romaine à presque tous les habitants libres de l'Empire. Ce texte fondamental transforme la notion de citoyenneté : elle n'est plus réservée aux Romains et aux élites des provinces, mais étendue à des millions de personnes. Les motivations (fiscales, militaires, idéologiques) sont encore débattues par les historiens, mais la portée symbolique et juridique est immense : un Lyonnais, empereur de Rome, a littéralement « fait entrer » le monde méditerranéen dans la citoyenneté romaine.
Son règne est aussi marqué par des campagnes militaires (notamment en Orient), par la construction des thermes de Caracalla à Rome — parmi les plus vastes de l'Antiquité — et par une réputation de cruauté. Il meurt assassiné en 217 près de Carrhes (Mésopotamie), lors d'une expédition contre les Parthes.
Caracalla reste dans l'histoire comme l'empereur de l'édit de 212 : celui qui a généralisé la citoyenneté romaine et, ce faisant, a accéléré la fusion des identités provinciales et romaines. Pour Lyon et la France, il incarne le lien direct entre une ville gauloise devenue romaine et le sommet du pouvoir impérial — un « Lyonnais » qui a changé le droit et l'idée même de citoyenneté dans tout l'Empire.
Son héritage est revendiqué tant par l'histoire romaine que par l'histoire lyonnaise et française, et illustre la continuité entre la Gaule romaine et les cultures méditerranéennes dont les Francitaliens sont les héritiers.
"il ne se considérait pas seulement comme le père des Romains, mais comme le « père de tous les hommes libres"— Caracalla (selon l'historien Dion Cassius)